un dossier terriblement géré par la NBA ?


Depuis octobre 2021, le propriétaire des Suns Robert Sarver était dans la tourmente suite à une investigation réalisée par le journaliste d’ESPN Baxter Holmes, révélant un comportement hautement inapproprié de la part du patron de la franchise de Phoenix envers ses employés. L’enquête de la NBA qui a suivi vient tout juste de rendre son verdict : le proprio de Phoenix est suspendu un an et devra payer une amende de 10 millions de dollars. Retour en profondeur sur un dossier qui n’a probablement pas fini de faire parler.

Quelles étaient les accusations portées contre Robert Sarver ?

En novembre dernier, peu après les révélations du journaliste d’ESPN Baxter Holmes, on avait sorti un gros dossier pour expliquer précisément quelles étaient les accusations portées à l’encontre de Robert Sarver, à la tête des Suns depuis 18 ans. Des accusations très sérieuses de racisme, sexisme et misogynie, peignant ainsi un tableau pas reluisant du tout concernant le propriétaire de la franchise de Phoenix. De nombreux employés travaillant chez les Suns au cours de l’ère Sarver avaient souligné le comportement hautement inapproprié de ce dernier ainsi que la culture toxique régnant à l’intérieur même de la franchise de l’Arizona. Bref, le genre de gros dossier bien sensible qui n’est pas sans rappeler l’affaire Donald Sterling – ancien propriétaire des Clippers banni à vie par la NBA – qui avait provoqué un véritable tremblement de terre sur la planète basket en 2014 (on y reviendra un peu plus tard). La NBA a évidemment pris les choses en main en réalisant sa propre enquête sur le dossier Sarver, enquête qui vient tout juste de livrer ses conclusions.

Racisme, sexisme et misogynie : Robert Sarver enquêté par la NBA, les détails d’une affaire sombre autour du proprio des Suns

La sanction de la NBA : un an de suspension et 10 millions de dollars d’amende

Plus de 300 employés interrogés en tout, parmi eux 200 travaillant toujours chez les Suns et une autre centaine ayant bossé dans la franchise de Phoenix par le passé sous Robert Sarver. Plus de 80 000 mails, textos et divers documents analysés au total. Une bonne cinquantaine de vidéos concernant des entretiens impliquant des employés des Suns revues à la loupe. Voilà la base de données avec laquelle le cabinet d’avocats Wachtell, Lipton, Rosen & Katz (engagé par la NBA pour réaliser l’enquête) a travaillé pour déterminer si oui ou non les accusations portées à l’encontre de Sarver sont légitimes. Voici les conclusions de l’enquête si l’on se base sur le rapport officiel de cette dernière.

« L’enquête conclut que, durant ses 18 années en tant que gouverneur de la franchise des Suns, Robert Sarver a adopté un comportement qui viole clairement les normes habituelles du milieu du travail indiquées dans le règlement de la franchise et de la Ligue. Ce comportement inclut l’utilisation d’un langage à caractère raciste, l’inégalité de traitement des employés de sexe féminin, des propos et des comportements à caractère sexuel, et un mauvais traitement des employés pouvant aller jusqu’à l’intimidation. »

Les termes sont aussi clairs que troublants, encore plus quand ils sont illustrés à travers des exemples bien précis, toujours via le rapport officiel de l’enquête.

Racisme

« Sarver a utilisé le mot nè*** à au moins 5 reprises en répétant ou prétendant répéter ce qu’une personne noire a dit, à quatre reprises après avoir été repris par des subordonnés de peau noire et blanche qui lui ont dit de ne pas utiliser ce mot. »

« Après un match contre les Warriors le 30 octobre 2016, Sarver s’est plaint auprès d’un coach noir des Suns concernant le fait qu’un joueur des Warriors a prononcé le mot nè*** sans recevoir de faute technique. À travers cette plainte, Sarver a répété ce mot tout haut à plusieurs reprises, même après avoir été réprimandé par le coach. »

« En 2016, durant un meeting avec un coach noir et un dirigeant de l’équipe, Sarver a demandé au coach qu’est-ce qui devrait changer au sein de la franchise. Il a répondu ‘diversité’, et Sarver a explosé en disant, ‘non, non, non, je déteste la diversité. […] Si vous avez de la diversité, les gens ne sont jamais d’accord’. »

Misogynie et sexisme

« Sarver a dit à une femme enceinte qu’elle ne pourra plus faire son boulot une fois qu’elle sera mère, car elle devra ‘allaiter’ et parce que le ‘bébé a besoin de sa maman, pas de son papa’. La femme enceinte s’est fâchée et a pleuré après les commentaires de Sarver. « 

« Sarver a réprimandé une employée devant d’autres avant de dire que cette dernière pleure trop. »

« Sarver faisait fréquemment des blagues à caractère sexuel envers les employés lors de petites et grandes réunions, incluant des commentaires grossiers et inappropriés concernant l’apparence physique et le corps de certains de ses employés de sexe féminin et d’autres femmes. »

Commentaires et comportement à caractère sexuel

« D’après 12 témoins, lors d’un meeting rassemblant tous les employés entre 2009 et 2011, Sarver a fait une référence à une employée pour se livrer à un certain acte sexuel. […] D’après 19 témoins, lors d’un meeting rassemblant tous les employés entre 2010 et 2011, Sarver a fait un commentaire par rapport à l’utilisation d’un certain type de préservatifs. Selon un témoin, ce commentaire a ‘choqué et dégoûté’ les femmes présentes à ce meeting.

« Alors qu’il se préparait à prendre une douche dans les infrastructures de la franchise, Sarver est entré dans une pièce adjacente où un homme et une femme employés par la franchise étaient en rendez-vous. En les voyant, il a dit à la femme, ‘tu dois sortir d’ici… tu n’as jamais vu quelque chose d’aussi gros’. »

« À quatre reprises sur le lieu de travail, Sarver a eu un comportement d’ordre physique inapproprié envers des employés de sexe masculin. Une fois, Sarver a baissé son caleçon pour exposer ses organes génitaux devant un employé qui était sur ses genoux devant Sarver, qui faisait un contrôle médical. Une autre fois, Sarver a attrapé l’un de ses employés lors d’une fête d’anniversaire pour danser ‘pelvis contre pelvis’ avec lui. L’employé a trouvé le comportement de Sarver inconfortable et inapproprié. […] Et en août 2014, durant un Ice Bucket Challenge, Sarver a baissé le pantalon d’un employé devant de nombreux collègues. »

Après avoir pris connaissance des résultats de l’enquête, la NBA a décidé de suspendre Robert Sarver de ses fonctions de propriétaire pour une année, avec une amende de dix millions de dollars en prime. Comme indiqué par ESPN, c’est l’amende maximale que pouvait infliger la NBA à Sarver, montant qui sera désormais reversé à des organisations luttant contre le racisme et le sexisme sur et en dehors des lieux de travail. Pendant sa suspension, Sarver ne pourra pas intégrer les infrastructures de la franchise, ni assister à des matchs des Suns et du Phoenix Mercury (l’équipe WNBA dont Sarver est également propriétaire). Enfin, il ne pourra pas être impliqué d’une quelconque façon avec les opérations sportives et commerciales de la franchise. D’après Baxter Holmes, à l’origine de toute cette affaire, Robert Sarver va désormais collaborer avec la NBA pour trouver un gouverneur intérim pendant sa suspension, avant de pouvoir reprendre ses fonctions.

« Les déclarations et comportements qui sont décrits dans les conclusions de l’enquête indépendante sont troublants et décevants. Nous pensons que la sanction est juste après avoir pris en compte les faits, les circonstances et le contexte mis en avant par l’enquête sur ces 18 années, ainsi que notre engagement pour préserver les normes appropriées concernant les environnements de travail en NBA. »

– Adam Silver, commissionnaire de la NBA

Un dossier terriblement géré par la NBA ?

Les réactions n’ont évidemment pas tarder à tomber suite à l’annonce de la sanction concernant Robert Sarver. Des réactions majoritairement… négatives, autant de la part des employés des Suns qui ont côtoyé le propriétaire des Suns pendant toutes ces années que de la part de nombreux médias couvrant la Ligue.

L’affaire Donald Sterling, racontée sur TrashTalk

Il y a huit ans, le propriétaire des Clippers Donald Sterling avait été obligé de vendre sa franchise après avoir été banni à vie par la NBA pour propos racistes, sanction qui a également été accompagnée à l’époque d’une amende de 2,5 millions de dollars. Cette sanction était ferme et alors considérée comme exemplaire de la part du tout nouveau commissionnaire Adam Silver, bien décidé à marquer les esprits pour ses débuts à la tête de la NBA. Mais qu’a fait Robert Sarver pour éviter une sanction similaire et conserver son statut de propriétaire des Suns ? C’est ce que se demandent beaucoup d’employés de la franchise de l’Arizona aujourd’hui.

« C’est simplement une tape sur le poignet, et ça montre que la Ligue ne défend pas vraiment l’inclusion, la diversité et l’égalité. Je suis reconnaissante d’avoir reçu une validation après avoir été traitée de folle, de sal*pe, et d’être accusée d’en faire trop. Cela me permet de respirer un peu, mais je suis en colère. La Ligue nous a laissé tomber alors qu’elle avait l’opportunité de mettre en avant ses valeurs. »

– Une ancienne employée des Suns, via ESPN

Pour tenter d’expliquer la décision de la NBA, il faut sans doute se référer à la conclusion globale de l’enquête, qui malgré les faits hyper troublants mentionnés plus haut indique « qu’aucune révélation ne permet de dire que le mauvais comportement de Sarver était motivé par une animosité basée sur le sexe et la couleur de peau ». En contraste des épisodes de racisme, de sexisme et de misogynie qui ont caractérisé l’ère Robert Sarver, le rapport officiel de l’enquête souligne les contributions mis en avant par le proprio des Suns (et vérifiées) envers des causes pour la justice sociale et raciale, notamment en matière de recrutement de personnes de couleur au sein de la franchise (55% dans le département basket, plus haut chiffre parmi les franchises NBA). L’enquête a également écarté la notion comme quoi Robert Sarver était directement lié à l’environnement de travail toxique existant au sein de la franchise des Suns (?!), et qu’il était difficile de déterminer – par manque de données – si une discrimination basée sur le sexe et la race était à l’œuvre au niveau « des embauches, des licenciements, des promotions, des compensations et de la distribution des missions ». Enfin, l’enquête a également souligné que les dysfonctionnements au sein de l’organisation des Suns était beaucoup lié au manque d’efficacité du département des ressources humaines pour gagner « le respect et la confiance des employés ».

« Malgré tous les faits rapportés dans le rapport, ce dernier a conclu qu’aucun d’entre eux n’était motivé par une animosité basée sur le sexe et la couleur de peau. Que c’était lié à un humour de mauvais goût, au fait que Sarver s’aide des conflits pour avancer, qu’il n’y avait pas d’animosité. Demandez donc aux femmes à qui on a dit que leur carrière était en jeu, que quelque chose était bien ou pas bien à propos de leur corps, demandez leur si ça ne provenait pas d’un sentiment d’animosité.

Le rapport permet à Robert Sarver de se cacher derrière un humour juvénile et puérile, et de s’en sortir facilement grâce à sa mentalité ou je ne sais pas quoi. Pour moi, tout ça est clairement lié à de l’animosité, et je pense que cette conclusion n’est pas correcte. »

– Zach Lowe, sur l’émission NBA Today avec Malika Andrews, Richard Jefferson et Kendrick Perkins.

Dans un communiqué partagé par les Suns, Robert Sarver a déclaré qu’il est en désaccord avec certains des éléments mis en avant dans le rapport et qu’il estime la sanction de la NBA injustifiée mais « qu’il en acceptait les conséquences », tout en « s’excusant pour les propos et actions qui ont pu offenser les employés » de sa franchise. Quant aux Phoenix Suns, ils ont publié un communiqué dans lequel ils soulignent leur volonté de mettre en place et préserver le meilleur environnement de travail possible pour les salariés.

Dix mois après le début de l’affaire Robert Sarver, sommes-nous vraiment fixés ? Les accusations de racisme, sexisme et misogynie ont été illustrés par des épisodes très concrets, mais la conclusion finale ainsi que la sanction infligée au propriétaire des Suns par la Ligue laissent de nombreux employés des Suns et plus généralement l’univers NBA dans le flou total. Si Adam Silver et sa clique ont déjà montré de belles attitudes sur des dossiers tendus par le passé, sur ce coup-là, c’est un zéro pointé. 

Sources texte : ESPN, Rapport officiel de l’enquête



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