Godin et Basu: Les priorités de Geoff Molson et l’effet miroir du Canadien et du Rocket


La semaine dernière, nous nous sommes penchés sur le premier anniversaire de l’embauche de Jeff Gorton au poste de vice-président exécutif des opérations hockey du Canadien, mais ce n’est pas le seul anniversaire qui mérite d’être revu.

L’ancien directeur général Marc Bergevin a été congédié et Gorton a été embauché le 28 novembre 2021. Le lendemain, le propriétaire et président du Canadien, Geoff Molson, s’est adressé aux médias et il a énoncé à cette occasion plusieurs priorités qu’il aimerait voir changer dans l’organisation.

Où en est l’organisation dans la réalisation de ces priorités ?

Santé mentale et bien-être

Molson a annoncé en novembre dernier que sous la supervision des docteurs David Mulder, Dan Deckelbaum et Ed Harvey, l’organisation allait créer une équipe médicale de performance axée sur la santé en dehors de la glace.

« Ce plan comprendra l’ajout de ressources pour les joueurs et le personnel de l’organisation dans tous les domaines liés au bien-être des athlètes et à la santé mentale, avait déclaré Molson à l’époque. Nous considérons ces ajouts comme une composante essentielle de notre succès. »

Depuis, il n’y a pas eu d’annonce sur l’évolution du dossier, mais le Canadien a discrètement engagé quelqu’un qui correspond à la description de ce dont Molson parlait.

Jean-François Ménard est un entraîneur en performance mentale qui a été engagé à temps plein par le Tricolore. Il a un bureau à Brossard. Il travaille régulièrement avec les joueurs. Il a de l’expérience au Cirque du Soleil et a travaillé avec de nombreux athlètes olympiques ; son profil LinkedIn indique que ses clients ont remporté pas moins de 17 médailles olympiques depuis 2016.

Le Canadien continue également d’employer le Dr David Scott en tant que consultant en psychologie du sport.

Nous ne sommes pas certains dans quelle mesure l’arrivée de M. Ménard répondra réellement aux enjeux de santé mentale et du bien-être des athlètes, car on peut imaginer que ce sont des choses qui ne relèvent pas nécessairement de la compétence d’un entraîneur de performance. Mais c’est un pas en avant.

Améliorer la diversité du département des opérations hockey

C’était une grande priorité pour Molson il y a un an.

« Je pense que du côté hockey, il y a une assez grande opportunité d’introduire des perspectives différentes dans l’organisation, et ça ne fera que nous rendre plus forts, et ça va nous permettre de prendre de meilleures décisions, je le crois vraiment, avait alors déclaré Molson. Ce n’est pas facile à faire, mais c’est certainement une priorité, et avec cette nouvelle équipe de direction qui se met en place, je pense qu’on sera dans une bien meilleure position pour le réaliser. »

Dans des conversations séparées depuis, Gorton, Molson et le directeur général Kent Hughes ont laissé entendre que l’état-major du CH était plus ou moins complet. Hughes ne voit aucune raison d’ajouter un autre directeur général adjoint en plus de John Sedgwick pour le moment. Et il y a quelques semaines, Gorton ne semblait pas laisser beaucoup de place à des embauches imminentes.

« Je pense que notre personnel est en place en grande partie, a dit Gorton. Il y a toujours quelque chose ici et là qu’on aimerait changer, mais dans l’ensemble, je pense qu’on a embauché de très bonnes personnes. »

Ainsi, le désir de Molson d’ajouter de la diversité aux opérations hockey est apparemment en attente pour le moment. Le Canadien a embauché Chantal Machabée en tant que vice-présidente des communications hockey ; techniquement, ce n’est pas un poste lié aux opérations hockey, mais c’est une personne qui travaille avec les opérations hockey sur une base quotidienne. Marie-Philip Poulin a été engagée en tant que consultante à temps partiel au développement des joueurs, alors qu’elle poursuit en parallèle sa propre carrière de joueuse digne du Temple de la renommée. Quant à Miranda McMillan, elle a été embauchée en tant qu’analyste de données dans le nouveau département d’analyse statistique que dirige Christopher Boucher.

Nous avons interrogé Molson sur les progrès réalisés afin d’améliorer la diversité dans les opérations hockey lors du tournoi de golf de l’équipe, en septembre, et il semblait résigné au fait que cela prendra un certain temps.

« On a comblé tous les postes, mais les choses changent, nous avait dit Molson. Pour moi, il s’agit d’avoir l’objectif, et quand tu as cet objectif d’augmenter la diversité dans l’organisation – ce qu’on a fait, de façon modeste ou importante selon la façon dont vous l’interprétez – lorsque des postes s’ouvrent ou que des opportunités se présentent, c’est mis à l’ordre du jour. »

Le repêchage et le développement

Molson a énuméré ces priorités séparément, mais il s’agit clairement des domaines dans lesquels le Canadien a subi les changements les plus importants, en particulier du côté du développement.

En ce qui concerne le repêchage, quelques embauches ont été faites discrètement pour renforcer le personnel de recrutement amateur, qui est dirigé par Martin Lapointe – un vestige du régime précédent – et Nick Bobrov, qui a été ajouté après la conférence de presse de Molson il y a un an. Nous n’en sommes qu’à un seul repêchage avec ce duo en tête du recrutement amateur, mais pour l’instant du moins, ce repêchage augure déjà très bien.

Du côté du développement, il y a eu un changement complet de philosophie. Comme nous l’avons mentionné, Poulin est à bord, mais son travail n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan. Le directeur du développement hockey Adam Nicholas est omniprésent dans à peu près tout ce que fait le Canadien. Les joueurs du CH ont accès à lui après l’entraînement pour du travail personnalisé, les joueurs à Laval ont également accès à lui, il regarde les espoirs jouer sur vidéo et il communique avec eux régulièrement. Le travail de Nicholas a également permis au département du développement des joueurs existant, composé de Rob Ramage et Francis Bouillon, de mieux cibler leur travail.

Et puis il y a l’entraîneur-chef.

Avoir Martin St-Louis pour diriger cette équipe a un impact énorme sur le développement des joueurs, même si cela se limite à ceux qui font déjà partie de l’équipe, et Molson faisait davantage référence aux joueurs qui joueront pour cette équipe dans le futur. Il a souligné il y a un an que le Canadien avaient repêché 45 joueurs au cours des cinq années précédentes et qu’il disposait (à l’époque) de 11 choix supplémentaires pour le repêchage de 2022.

« Il est essentiel de structurer notre organisation autour du bon développement de ce groupe de talents », avait dit Molson.

Nous verrons comment cela se passe. Mais cela semble prometteur jusqu’à présent.


Josh Anderson (Ben Green/NHLI via Getty Images)

Un souper sur la route productif pour Martin St-Louis

Samedi soir à Edmonton, Josh Anderson a joué 1:25 en infériorité numérique, soit une seconde de moins que Sean Monahan et 12 secondes de plus que Nick Suzuki. Cela a porté son total de la saison à 7:14.

En 2018-19, la meilleure saison d’Anderson en carrière, il a joué 109:50 en désavantage, ce qui le plaçait au deuxième rang des attaquants des Blue Jackets de Columbus. C’était quelque chose qui faisait partie de son répertoire. Or, malgré le besoin d’ailiers pour jouer en infériorité, St-Louis n’utilisait pas Anderson dans ce rôle.

Le 16 novembre, le Canadien était à Columbus lorsque St-Louis – qui a brièvement travaillé pour les Blue Jackets en tant que consultant du jeu de puissance alors qu’Anderson y jouait – est allé souper avec son ancien coéquipier du Lightning, Fredrik Modin. Les deux hommes se sont mis à parler de hockey lorsque Modin lui a demandé si Anderson était utilisé ou non à court d’un homme.

St-Louis lui a répondu non, car Anderson n’avait jamais vu d’action en infériorité. Mais l’idée a germé dans son esprit. Anderson n’a pas joué en désavantage le lendemain contre les Blue Jackets, et il n’y a pas joué non plus, deux soirs plus tard, lors d’un match à domicile contre les Flyers de Philadelphie. Mais le 22 novembre, dans une défaite 7-2 contre les Sabres de Buffalo, Anderson a effectué une présence en désavantage qui a duré 48 secondes. Depuis, il a obtenu au moins une présence à chaque match, y compris un sommet pour la saison de 2:16 contre les Sharks de San Jose, le 29 novembre.

Selon Evolving-Hockey, et tout en précisant ici qu’il s’agit d’un échantillon minuscule, Anderson a été le meilleur attaquant du Canadien en infériorité numérique en termes de buts attendus contre et de tirs contre par 60 minutes de temps de glace.

« Alors j’en ai parlé à Andy et il fait une maudite bonne job, a dit St-Louis. J’aurais dû faire ça un peu plus de bonne heure! »

Luke Tuch espère plus de production

Le défenseur des Terriers de l’Université de Boston Lane Hutson fait beaucoup parler de lui cette année, et auprès des partisans du Canadien, cela jette évidemment de l’ombre à son coéquipier Luke Tuch, que le CH avait repêché en deuxième ronde en 2020 (47e choix au total). Le frère cadet d’Alex Tuch, attaquant vedette des Sabres de Buffalo, avait immédiatement enchaîné avec une très bonne première année à B.U., mais la saison dernière a été plus difficile en raison d’une blessure à une cheville qui l’a empêché de vraiment mettre sa saison en marche.

Une autre blessure a tué ses chances de participer au Mondial Junior, l’été dernier, mais heureusement il est en santé jusqu’à maintenant cette saison.

« Cette année, j’essaie d’apporter une énergie positive dans ma saison pour essayer de jouer tous les matchs, mais en jouant ma game, et ma game c’est d’être un grand et lourd attaquant de puissance qui est bon devant le filet et a un tir pesant, a dit Tuch. C’est ce que j’essaie d’apporter à chaque match. Je pense que ma production a été correcte cette année, mais elle va s’améliorer, c’est sûr. »

Après avoir marqué à ses deux premiers matchs de la saison, l’ailier de 6’3 et 207 livres n’en a inscrit qu’un seul à ses 12 derniers, et il se retrouve avec une fiche de 3 buts et 9 points en 14 rencontres. Tuch n’utilise pas beaucoup son tir, lui qui ne génère en moyenne que deux lancers par match. Il nous a dit que son souhait serait de réussir à marquer plus de buts en étant campé devant le filet. À défaut d’être celui qui a enfilé l’aiguille, plus d’une fois au cours de ses deux derniers matchs il a contribué aux buts des siens par le travail qu’il a effectué devant la cage adverse. Ce n’est pas sorcier : s’il veut un jour se tailler une place avec le Canadien, vraisemblablement en tant que joueur de troisième ou quatrième trio, il faudra qu’il maximise l’utilisation de son physique avantageux.

« Je pense que j’ai vu beaucoup d’amélioration cette année, il s’en vient bien, a indiqué l’entraîneur-chef des Terriers, Jay Pandolfo. Même depuis les trois ou quatre dernières semaines, ça commence à venir. Il doit jouer selon son identité. Tu as un attaquant de puissance, il faut qu’il joue en ligne droite d’un bout à l’autre de la glace et qu’il aille au filet. Il faut qu’il protège les rondelles dans le fond de la zone et qu’il soit difficile à affronter à chaque soir. Il a un excellent tir. Je pense que c’est ça le truc avec lui: il veut produire – tout le monde veut produire – et je ne pense pas que les buts soient venus aussi facilement qu’il l’aurait souhaité. Il a eu ses chances et il a peut-être manqué le filet, mais il s’améliore.

« Ça s’en vient, et je suis content de son jeu. Son jeu défensif est solide, et c’est un autre élément important pour nous. »

En plus du groupe d’instructeurs qui sont à sa disposition à Boston, Tuch se dit heureux de pouvoir compter sur le soutien du directeur du développement hockey du Canadien, Adam Nicholas, qui lui envoie des textos environ toutes les deux semaines.

« On fait des séances Zoom et on fait beaucoup de vidéo seul-à-seul, a expliqué Tuch. Il regarde mes présences des matchs précédents et il me demande ce que je vois (sur tel ou tel jeu), et on décortique certains jeux et les choses que je peux ajouter à ce que je fais. »

Tuch est un choix de deuxième ronde de l’ère Trevor Timmins et quelqu’un qu’Albie O’Connell, aujourd’hui recruteur amateur du Canadien, a jadis recruté et coaché à l’Université de Boston. C’est donc dire que même si Timmins n’est plus là, il y a encore au moins une personne dans l’organisation qui risque de parler en sa faveur quand viendra le temps de décider de son sort.

La nouvelle direction de l’équipe a un parti pris pour les gabarits plus imposants, et rien ne presse pour que Tuch démontre à court terme qu’il est prêt pour la LNH. Mais cette progression que dit voir Pandolfo doit se concrétiser, parce que le Canadien aura éventuellement de nombreux espoirs intéressants à mettre sous contrat et il devra inévitablement faire des choix.

Il reste à Tuch une autre année à l’Université avant sa graduation.


Joel Armia (David Banks/USA TODAY Sports)

Quand le contexte aide à prédire l’avenir

Il était très facile de regarder les statistiques de Joel Armia et de dire qu’il a été horrible. C’était une rangée de zéros.

Samedi à Edmonton, St-Louis a été interrogé à propos d’Armia et de tous ces zéros, et sa réponse a montré que les statistiques seules ne donnent pas toujours un portrait complète.

« J’aime ce joueur, a dit St-Louis. Il a eu un début de saison tardif cette année avec sa blessure, et je pense qu’avec tous les nouveaux joueurs qu’on a ajoutés, et avec la blessure, il a un peu commencé à la traîne. Physiquement, il était en retard, et j’ai l’impression qu’il est à un meilleur endroit physiquement et qu’il commence à rattraper le temps perdu. Évidemment, il joue avec (Christian Dvorak) et (Evgenii Dadonov), et j’ai vraiment aimé ce trio-là au dernier match.

« Je pense qu’il est sur le point de trouver une certaine production, on sait qu’il en est capable, mais c’est une ligue difficile quand tu commences en retard sur le plan physique et que tu dois rattraper ce retard. Il n’a pas eu les minutes dont il avait besoin au début et je pense qu’il commence à les avoir. Je suis vraiment optimiste et je sens qu’il est sur le point de décoller. »

Quelques heures plus tard, Armia a effectué un lancer lors d’une descente en surnombre vers Stuart Skinner, et le gardien des Oilers a envoyé le retour directement à Dadonov, qui en a profité pour réduire le déficit du Canadien à 3-2, donnant ainsi à Armia son premier point de la saison. Un peu moins de cinq minutes après le début de la troisième période, alors que le Canadien tirait de l’arrière 4-3, un autre tir d’Armia a rebondi sur la barre transversale, passant à deux doigts d’égaliser la marque.

Oui, la production d’Armia a été terrible cette saison, mais il y a parfois des raisons à cela, il faut juste être prêt à les chercher. C’est un joueur très habile qui excelle en protection de rondelle et pour écouler les punitions, mais qui a aussi du mal à être constant par moments et qui peut être frustrant pour quiconque s’attend à ce qu’un joueur avec un gros gabarit comme le sien soit une force physique et qu’il traverse des adversaires dans la bande.

Ce n’est pas qui il est. Mais le joueur qui n’avait aucun point cette saison avant le match de samedi, ce n’était pas vraiment Armia non plus.


(David Kirouac/Icon Sportswire via Getty Images)

Le Rocket de Laval, un véritable Canadien bizarroïde

Le Rocket a commencé la saison avec des attentes assez élevées. L’enthousiasme était insufflé par l’ajout d’espoirs légitimes de la LNH et un groupe de vétérans qui restait solide. Le Canadien, lui, a commencé la saison avec de faibles attentes, du moins de l’extérieur, parce qu’il se remettait d’une saison où il avait fini dernier et qu’il y avait des points d’interrogation autant dans les buts qu’en défense.

Nous sommes au début décembre et le Canadien dépasse sans aucun doute toutes les attentes qu’on pouvait avoir à son égard. Il entame son match de lundi soir à Vancouver avec une fiche de 12-11-1, ayant encore à sa portée une place parmi les équipes repêchées. Pendant ce temps, le Rocket entamait son match de lundi soir à Abbotsford, en Colombie-Britannique, au dernier rang de sa section et avec le troisième pire pourcentage de points de toute la Ligue américaine.

Mais c’est ici que ça devient un peu bizarre.

Le Canadien, si vous regardez ses statistiques avancées, est confronté à une régression à un moment donné. Il est dans le dernier tiers de la LNH dans à peu près toutes les unités de mesures prédictives qu’on puisse trouver à 5-contre-5. Martin St-Louis a été interrogé à plusieurs reprises à ce sujet, et il a suggéré que certains de ces chiffres peuvent être trompeurs, et il n’a pas tort. Il y a toujours des exceptions, mais le plus souvent, ces chiffres se révèlent exacts avec le temps.

Il n’y a pas de statistiques avancées disponibles publiquement pour la Ligue américaine, mais le Canadien a désormais son département d’analyse, et il a donc ses propres données avec lesquelles travailler. Celles-ci racontent une histoire différente que ce que dit le classement de la LAH. On nous a confié que, selon ces données, le Rocket aurait dû avoir 16 victoires cette saison avant ce match à Abbotsford, et non pas sept. Toujours selon ces chiffres, le Rocket serait la meilleure équipe offensive de la LAH à 5-contre-5 et parmi les dix meilleures équipes défensives.

À l’interne, l’inquiétude à l’égard du Rocket n’est donc pas si grande. Et apparemment, elle ne l’est pas non plus pour le Canadien, du moins selon son entraîneur.

Mais on ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre.

(Photo: David Kirouac/Icon Sportswire via Getty Images)



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