Bordeaux – Rouen : le feu des Dragons | Ligue Magnus – Hockey sur glace


Dans une passe un peu étrange, les Boxers de Bordeaux continuent leur semaine un peu folle après les visites à Gap et Grenoble, en recevant les Dragons de Rouen, sur 8 victoires. Dans une patinoire à guichets fermés, les Bordelais aimeraient prendre des points face à un ogre du championnat pour repartir comptablement avant d’aller à Amiens. Mais comme d’habitude, si la mission est acceptée, elle n’est pas impossible mais nécessite une soirée parfaite. 

Recevoir Rouen n’est forcément jamais une sinécure. C’est recevoir un potentiel leader, régulièrement une armada offensive, un collectif huilé, avec très peu de points faibles, et doté d’une science de l’efficacité. On ne va pas se le cacher, cela donne souvent lieu à des défaites pour l’adversaire des Dragons, et parfois à des matchs dont on se souvient si on parvient à les accrocher.

En ce vendredi soir au parfum d’été indien à Bordeaux, Mériadeck l’a compris, affichant complet au moment d’accueillir le leader, dans une forme étincelante, auréolé de 8 victoires de suite, dont les trois dernières à Amiens, et contre Grenoble et Angers à l’Ile Lacroix.

Persiste une zone d’espoir pour les Boxers : Matija Pintaric, le tentaculaire gardien slovène est toujours absent, et les Bordelais ont tendance cette saison à mieux jouer contre les « gros » du championnat. Sur une victoire plus que prometteuse à Gap, et une défaite « encourageante » à Grenoble, les Girondins sont sur courant alternatif, surtout à domicile, mais ont prouvé cette année qu’ils étaient capables d’accrocher leur adversaire du soir, les ayant déjà battus en Normandie.

Un Rouen rayonnant

Le décor est planté, et l’assistance est en droit d’attendre une grosse entame des deux équipes et un spectacle de qualité pour débuter le week-end.

Mais, si cette grosse entame a bien lieu, elle l’est de la part des visiteurs uniquement. Pour une soirée à thème, estampillée « Halloween » à Mériadeck, les Boxers ont peut-être eu peur des Dragons. Et à raison.

On parlait de collectifs régulièrement huilés chez les Normands, ce fut le cas d’entrée de jeu. Avec un Gaëtan Richard sans doute diminué (mais certainement le moins des deux avec Clément Fouquerel) dans les buts, les hommes de Fabrice Lhenry le mettent à contribution immédiatement et l’obligent à deux gros arrêts.

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Loïk Poudrier réagit mais frappe au-dessus et le premier tournant de ce tiers montre toute l’étendue de l’expérience des Rouennais. Enzo Carry part seul au but, dans l’axe, et a le temps d’ajuster Tonin Caubet comme bon lui semble, mais tergiverse dans sa tentative de dribble et bute sur l’ex-Angloy. Sur le contre, une superbe action de passes redoublées entre François Beauchemin, Bastien Maia et Dylan Yeo, accouche de l’ouverture du score à la cinquième minute par le défenseur.

Bordeaux a raté le coche, et Rouen punit dans la foulée. Et comme les grandes équipes savent le faire, les Dragons ne reculent pas après avoir pris la marque mais continuent. Vitesse dans le dos de la défense adverse, vivacité et mouvements à la récupération du palet. C’est, par exemple, Quentin Tomasino, qui oblige Axel Prissaint à un faire trébucher donnant lieu à la première supériorité numérique du jour.

Alexandre Mallet, François Beauchemin, Tommy Perret, ou Kaylian Leborgne ne laissent pas Gaëtan Richard tranquille. Si les Bordelais tuent la pénalité, ils finissent quand même par craquer de nouveau à la douzième minute par l’intermédiaire de Kaylian Leborgne. 0-2, et il n’y a globalement qu’une équipe sur la glace.

Réaction locale malgré tout avec une grosse charge dans le dos de Christophe Boivin qui part se reposer en prison. Kevin Spinozzi tente sa chance par deux fois en vain pendant ces deux minutes. Rouen continue ensuite de faire souffrir les Boxers, qui auraient pu alourdir le poids de la valise sans un portier très inspiré sur un face-à-face avec François Beauchemin.

Une dernière double occasion par Niklas Salo et Nikita Jevpalovs à la sirène donne un léger espoir au nombreux public bordelais, mais les Rouennais sont devant, sans aucune contestation possible, au terme d’un tiers qu’ils ont survolé de vitesse, de collectif, et de projection vers l’avant.

Un scénario faussé

On imagine dans les vestiaires bordelais, avec une telle entame, qu’Olivier Dimet n’a pas décidé de leur dire que tout allait bien. On s’attend donc à un revirement de situation au moins dans les intentions des Boxers. Mais cela débute par l’incident qui influera sur le reste de la partie. Tentant de slalomer dans le cœur de la défense rouennaise, Maxime Legault est fauché par l’arrière-garde normande (Dylan Yeo ou Charles Dodero) de manière, a priori, plus qu’illégale, laissant le Canadien au sol, tout d’abord inerte, puis se relevant claudiquant en direction des vestiaires. Les Bordelais estiment que la charge à l’épaule en direction de la tête de l’ex-Grenoblois mérite plus qu’une pénalité classique et entament les palabres avec le corps arbitral, qui envoient Dylan Yeo en prison pour 2 minutes.

Une sanction pas du goût de tout le monde, l’estimant sous-évaluée compte tenu du geste du rouennais. La tension monte donc de plusieurs crans subitement, et les charges des deux côtés vont grimper en intensité.

Un tir sur réception de Nikita Jevpalovs, un tir de Fabien Colotti, et une tentative de spinorama de Karri Forsblom réveillent Mériadeck mais Axel Prissaint écope d’un cinglage. Occasion évidemment convertie par Ondrej Roman, sur un superbe but en se levant le palet sur la crosse et le rabattant dans le but, après deux occasions par Sacha Guimond que Gaétan Richard avait stoppées. 3-0 donc, et une forme d’injustice vécue par les Boxers.

Cela a tout de même le don de les exciter, et Massimo Carozza s’écharpe avec Quentin Tomasino. Cinq minutes de banc des pénalités chacun et Bordeaux se rebiffe. Le salut vient d’une belle action individuelle de Fabien Colotti. Il part seul à gauche et ne pouvant trouver d’angle de tir fiable, met en retrait superbement pour un Loïk Poudrier, étrangement seul, qui ajuste Tonin Caubet sous la barre. 1-3 et la patinoire rugit.

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Aina Rambelo allume à côté, cherchant sans doute la déviation devant le but, et les Boxers ont un regain d’énergie. Rouen fait preuve malgré tout de maîtrise, en allant forcer l’échec-avant, et en monopolisant le palet quelques minutes pour calmer les ardeurs locales.

Une forte pression soudaine sur le but de Gaétan Richard force Jules Boscq à dégager en catastrophe dans les tribunes. Deux minutes pour le jeune défenseur local. Kelsey Tessier envoie un slap vers la cage bordelaise et Bastien Maia dévie dans le but (1-4). Un Rouen impitoyable qui punit littéralement les Boxers à chaque erreur.

Et ce n’est pas terminé. Comme souvent cette année, Bordeaux gère mal ses temps faibles, et une perte de puck à la bleue adverse lance un contre rouennais à 4 contre un seul défenseur bordelais. Gaétan Richard fait un premier arrêt mais cela revient sur François Beauchemin qui reprend de volée façon MLB et met le 5-1. Le portier bordelais enrage, mais la supériorité rouennaise est manifeste.

Olivier Dimet prend un temps mort pour remonter ses troupes, et un second incident arrive. Une charge de Maxime Legault dans le coin laisse un Rouennais au sol, le Canadien considérant une simulation vient parler, fort et de près, au Normand toujours sur la glace. Dylan Yeo met un coup de poing à Legault et s’ensuit une empoignade qui se termine par des pénalités de match pour les deux protagonistes.

Maxime Legault était semble-t-il resté sur la toute première charge insuffisamment sanctionnée par le corps arbitral, et finit par partir à la douche prématurément. Une charge à la crosse est sifflée contre Axel Prissaint par l’arbitre le plus éloigné de l’action. Supériorité rouennaise, et on vous le donne en mille, Rolands Vigners porte le score à 6-1 sur des assistances de Sacha Guimond et Kelsey Tessier, après un rebond laissé par Gaétan Richard.

Après une occasion pour Jules Boscq, Axel Prissaint vient défendre un coéquipier suite à un coup rouennais non sifflé. Quasiment dans la foulée, Bastien Maia puis Aleksi Elorinne vont eux aussi en prison, donnant un 4 contre 3 pour Bordeaux. Un coup de sifflet inutile contre Prissaint, suivi d’une claire compensation arbitrale.

Fabien Colotti reprend un coup de crosse au visage non vu (objectivement les arbitres ne peuvent pas tout voir) et Loik Poudrier finit par bénéficier d’un gros travail de Julien Guillaume et d’une nouvelle belle passe en retrait pour marquer son second but de la soirée, 2-6 et la sirène.

Le frisson bordelais

Le score est sans appel et la frustration bordelaise aussi. Avec le sentiment que les gestes repréhensibles ne sont pas assez sanctionnés, ils réagissent par l’énervement et sont pris par l’efficacité diabolique de Rouen.

Après une double occasion d’entrée, non convertie par les Boxers, on sent que Rouen gère, Beauchemin alerte Richard, qui tient la baraque avec quelques énormes arrêts en grand écart sur la glace. Plongeant sur tous les palets, l’ex-Rouennais fait son match et laisse les siens dans le leur malgré le lourd score.

Arrive la troisième blague de la soirée. Aleksi Elorinne projette un Bordelais (Aina Rambelo ou Julien Guillaume) lourdement, tête la première contre la bande devant le banc visiteur. Julien Guillaume chafouine le Rouennais et écope d’une pénalité pour dureté. Le banc bordelais explose devant la décision, et les arbitres rajoutent 2 minutes pour la contestation. La dangereuse charge, elle, n’est pas sanctionnée.

La supériorité numérique rouennaise n’est pas convertie grâce à l’omniprésence de Gaétan Richard, quasi héroïque sur 3 arrêts décisifs. Jules Boscq obtient une pénalité sur un accrochage peu évident de Kaylian Leborgne – voire « maîtrisé » par le défenseur bordelais – et Julien Guillaume en profite pour porter la marque à 3-6. Rouen est largement supérieur, mais Bordeaux se bat pour « respecter le maillot et le public venu en nombre ».

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Gaëtan Richard continue son gros 3e tiers, et Peter Valier ouvre son compteur de la soirée, en pleine lucarne, en contre, sur un bon service de Nikita Jevpalovs et Fabien Colotti. La ligne des artistes remet les siens dans le match, avec 5 minutes à jouer.

Mériadeck est debout et Bordeaux y croit, et sans un Tonin Caubet décisif, les Boxers auraient jeté un peu plus le trouble. Julien Guillaume est encore envoyé visiter la balustrade, et sort blessé. Un geste étrange de plus dans ce match, et une supériorité numérique que Peter Valier convertit en trouvant de nouveau la lucarne de Caubet.

Une minute à faire, 5-6, et énorme pression bordelaise. Gaétan Richard déserte sa cage, et Bordeaux pousse. Tonin Caubert réalise 2 ou 3 arrêts plus que décisifs et Bastien Maia finit par trouver le 7e de la soirée pour libérer les siens et les quelques ultras rouennais venus encourager leur équipe.

Les Boxers y ont cru et sont d’ailleurs chaleureusement applaudis par un public qui a apprécié cette folle fin de match. Malgré le retour en fin de match, les Dragons ont évidemment largement mérité leur succès, tant ils ont montré de la supériorité les trois quarts de la rencontre.

Réaction d’Olivier Dimet

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« Match compliqué, c’est sûr que l’on ne se présente pas de la bonne façon sur le premier tiers face à une équipe de Rouen qui a joué son hockey et qui nous a surclassés. À l’entame du deuxième, il y a un attentat sur Max Legault qui est à peine verbalisé. Derrière, c’est de la frustration et de l’énervement et ça donne une parodie au niveau de l’arbitrage. Je n’aime pas dire ça, mais ce soir c’est un scandale. On a le sentiment qu’il a voulu être le héros de la soirée dans une patinoire pleine avec des décisions à mon goût très limitées, je pense qu’il faut avant tout protéger les joueurs, et cela n’a pas été le cas ce soir. Il y a 3 vilaines charges qui auraient mérité des expulsions. 

On a bien réagit sur le troisième période, encore une fois c’est l’entame du match qui n’est pas bonne, il va falloir remédier à ça le plus rapidement possible. 

Beaucoup de blessés et d’absents à Amiens qui vient de gagner 7-0 à Anglet, ils vont nous attendre de pied ferme dans 48h, on va essayer de récupérer et panser les bobos et essayer de se présenter de la meilleure des façons dans un match important pour la suite. 

On ne peut pas espérer quelque chose en ne jouant qu’un tiers contre une équipe comme Rouen, on s’est fait surclasser, ils ont gagné tous les duels, on était en retard, trop de mauvaises passes, trop de mauvais choix, Bien entendu c’est parce que Rouen nous a mis cette pression-là, Rouen était beaucoup plus intense que nous. C’est pas le premier match où on ne se présente pas correctement. »

 

Bordeaux – Rouen 5-7 (0-2, 2-4, 3-1)
Vendredi 28 octobre à 20h15 à la patinoire Mériadeck. 3312 personnes.
Arbitres : Savice Fabre et Damien Bliek assistés de Guillaume Barthe et Jérémie Douchy.
Pénalités : Bordeaux 69′ (2′, 63′, 4), Rouen 73 (2′, 42′, 29′).
Tirs : Bordeaux 27 (8, 7, 12), Rouen 43 (16, 15, 12).

Évolution du score :
0-1 à 05’33 : Yeo assisté de Maia et Beauchemin
0-2 à 11’08 : Leborgne assisté de Tomasino et Perret
0-3 à 25’39 : Roman assisté de Tessier (sup. num.)
1-3 à 26’20 : Poudrier assisté de Colotti et Carry
1-4 à 29’07 : Maia assisté de Guimond et Tessier (sup. num.)
1-5 à 29’43 : Beauchemin assisté de Mallet et Boivin
1-6 à 33’36 : Vigners assisté de Guimond et Tessier (sup. num.)
2-6 à 38’22 : Poudrier assisté de Guillaume et Salo (sup. num.)
3-6 à 51’31 : Guillaume assisté de Poudrier et Boscq (sup. num.)
4-6 à 54’55 : Valier assisté de Colotti et Jevpalovs
5-6 à 58’41 : Valier assisté de Spinozzi et Carozza (sup. num.)
5-7 à 59’55 : Maia assisté d’Elorinne et Cantagallo

Bordeaux

Attaquants :
Nikita Jevpalovs – Julien Guillaume – Peter Valier
Maxime Legault – Fabien Colotti – Louis Vitou
Enzo Carry – Loïk Poudrier – Massimo Carozza
Niklas Salo – Karri Forsblom – Esteban Ragot

Défenseurs :
Axel Prissaint – Aina Rambelo
Kevin Spinozzi – Bastien Lemaitre
Jules Boscq – Marc-André Levesque

Gardien :
Gaetan Richard

Remplaçant : Clément Fouquerel (G). Absents : Alexandre Mulle (genou), Hunter Warner (épaule), Vince Tartari (rotation).

Rouen

Attaquants :
Christophe Boivin – François Beauchemin – Alexandre Mallet
Rolands Vigners – Loïc Lamperier – Kelsey Tessier
Bastien Maia – François Beauchemin – Ondrej Roman
Quentin Tomasino – Kaylian Leborgne – Tommy Perret

Défenseurs :
Dylan Yeo – Charles Dodero
Enzo Cantagallo – Sacha Guimond
Aleksi Elorinne – Florian Chakiachvili

Gardien :
Tonin Caubet

Remplaçant : Eliot Cotet (G). Absents : Joris Bedin (suspendu 3 matches dont 1 avec sursis pour une charge à la tête contre Grenoble), Matija Pintaric (épaule gauche), Vincent Nesa (genou).

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